Jeu26Fév2015

Les copains d'abord !

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Ils s’appellent Christian, Josette, Gérard, Yves ou Franck.

Ils habitent Brest, Riom-es-Montagne, Clermont-Ferrand, Givors, Toulouse, Montluçon, Commentry ou Albi.

Ils sont ouvriers, agriculteurs, jumpers (moi non plus, je ne connaissais pas !), peintres en bâtiment, verriers ou encore ingénieurs.

Ils travaillent dans la confection, l’agriculture, le nucléaire, l’armement, la chimie, la cristallerie ou la sous-traitance.

Ce sont les copains de l’association Henri Pézerat qui se meurent, dans l’indifférence générale, d’avoir travaillé au contact de l’amiante, des radiations nucléaires, des pesticides ou de substances chimiques diverses !

Henri Pézerat, c’était qui ?

Je ne connaissais pas non plus ce nom ! Henri Pézerat est un scientifique français né au début du siècle dernier (1928 exactement – ça ne nous rajeunit pas, hein !), bien avant mes propres parents, et décédé en 2009.

Diplômé de l’École de Chimie de Lyon, il était directeur de recherche au CNRS et sa spécialité était la toxicologie (globalement, la recherche sur les substances, visibles ou invisibles, qui rendent malades).

Une fois n’est pas coutume, c’est le « hasard » qui le mettra sur la piste du combat de sa vie !

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Usine d'amiante de Canari (Corse)
Photo @Daniel Cremona

En effet, en 1973, alors qu’il travaillait dans son laboratoire de Jussieu, des grains de poussière blanche tombent du plafond et contaminent ses prélèvements et mesures. Il identifie alors l’amiante découvre dans la littérature son caractère cancérogène (que l’on connaissait déjà !).

Ce sera son premier combat. Il anime le Comité anti-amiante de Jussieu et se bat pendant plus de vingt ans, jusqu’à l’interdiction de l’amiante, en 1997, puis se bat pour la reconnaissance des victimes.

À partir de 1976, il soutiendra les travailleuses de l’usine AMISOL, fermée en 1974, qui fabriquait des matelas et des tresses à base d’amiante. Les ouvrières étaient tenues dans l’ignorance des dangers de l’amiante qui étaient alors connus (oui, je sais, je me répète, mais c’est important !) et travaillaient cette matière sans aucune protection ! Le combat de ces ouvrières dure depuis quarante ans et n’est toujours pas fini.

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Le porte-avions Clémenceau en cours de démantèlement
Photo @Thomas Hahusseau

Du début des années 1980 à 1995, avec Annie Thébaud-Mony (spécialiste de la santé au travail), il élargit son combat dans le cadre du Collectif Risques et Maladies Professionnelles. En 1995, toujours avec Annie Thébaud-Mony et avec Patrick Herman (un autre combattant contre l’amiante) il crée l'antenne française du réseau international Ban Asbestos (Interdire l'amiante).

L’un des principaux combats de Ban Asbestos France sera le démantèlement (propre et sécurisé, tant qu’à faire !) du porte-avions Clemenceau.

Bien qu’ayant pris sa retraite, Henri Pézerat ne s’arrêtera pas là ! Il continuera ses combats depuis son domicile.

Son combat suivant ne concernera pas des travailleurs, mais les enfants d’une école construite sur le site d’une ancienne usine Kodak à Vincennes qui sont victimes d’un nombre anormal de cancer dont il prouvera qu’ils sont dus à un mauvais nettoyage du site industriel avant la construction de l’école.

En 2000, pendant que les cuves de l’Erika se vident sur les côtes Bretonnes, Henri Pézerat alerte sur les dangers du fioul lourd qui s’en échappe et des risques que courent les bénévoles à nettoyer les plages sans protection !

L’association Henri Pézerat

petit logoC’est peu avant son décès qu’Henri Pézerat lance l’idée d’une nouvelle association qui pourra regrouper tous les collectifs et tous les combats. L’idée ne s’envolera pas et ils le feront, avec Annie Thébaud-Mony.

L’association a donc pour but de rassembler tous les copains, quel que soit leur combat, pour qu’ils puissent échanger leur expérience et se soutenir dans leurs luttes.

De plus, elle conserve, maintient et enrichit l’immense fonds documentaire issu du travail mené par Henri Pézerat pendant plus de quarante ans.

De manière plus concrète, l’association agit également auprès des autorités, contre les lobbies industriels, afin d’obliger les industriels à protéger, prévenir, suivre, indemniser, etc.

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Vestiges d'une usine Eternit
Photo @Pietromassimo Pasqui

Enfin, l’association agit également en justice avec l’appui du Cabinet TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU, avocats à Paris et Marseille.

Après avoir aidé les salariés à obtenir, notamment, des reconnaissances de maladie professionnelle ou le classement des sites industriels sur la liste des sites dangereux, aujourd’hui, les avocats de l’association vont mener des actions devant les juridictions pénales afin de faire condamner les dirigeants des entreprises qui auraient délibérément caché à leurs salariés les risques.

Ce sera une première en France, mais l’Italie nous a devancés en la matière puisque le dirigeant de la Société Eternit-Suisse, Stephan Schmidheiny, a été condamné à 18 ans de prison pour « désastre volontaire et négligence coupable » par la Cour d’appel de Turin qui a alourdit la sentence des juges de première instance. En outre, le PDG est condamné à verser une centaine de millions d’euros à l’ensemble des victimes (personnes physiques – les salariés – et personnes morales – les communes et les régions dans lesquelles ses entreprises étaient implantées).

C’est le combat des copains de l’association Henri Pézerat !